Des premières lectures aux premiers romans

Les collections de « premières lectures » se sont développées dans l’édition jeunesse avec l’identification du besoin de faire un pont entre les albums et les romans de littérature jeunesse. Comment la collection Ginko est-elle née et quelle est sa place dans ce paysage ?



Des albums…


Avec l’apprentissage de la lecture, les enfants s’éloignent inexorablement des livres illustrés. Apprendre à lire est généralement associé à la fréquentation intime des textes et de leurs auteur·rice·s, au plaisir de construire ses propres images et à la jubilation de nourrir ses émotions et sa vie intérieure. « Savoir lire », c’est gagner en autonomie face à l’écrit.



… aux premiers romans


C’est en pensant aux enfants qui font leurs premiers pas dans la lecture autonome, vers l’âge de 6 ans, que nous avons pensé la collection Ginko en 2018.


Album sans texte, À dos de loup, Morgane Bellec
Chausson de lune, texte d’Anabelle Fati et illustrations de Violette Viette. Format 13x18 cm, couverture souple agrafée, papier teinté (crème), imprimé en noir plus les couleurs Pantone bleu et vert. Typo Avenir, paragraphes ferrés à droite.

Un format et une reliure pour une lecture à soi

Parce que cette lecture est une expérience intime et parce que les enfants de cet âge sont souvent aguerris à la lecture des images, nous avons misé sur une collection avec des textes d’auteur·rice·s et des illustrations qui portent un univers singulier. Les livres eux-mêmes, en tant qu’objets, ressemblent à de petits carnets à couverture souple, que l’on peut facilement garder avec soi, ouvrir souvent et sans l’aide ou le regard des adultes.


Des textes romanesques pour se frotter à la littérature

Si les textes de cette collection sont à peine plus longs que ceux des albums, le travail éditorial est le même que pour un texte de roman. L’idée est avant tout d’accompagner les auteurs et autrices dans leur écriture afin de faire vivre aux enfants une expérience littéraire, de les toucher, les faire rire, pleurer, rêver à travers une histoire et des personnages auxquels on a envie de croire. Les textes sont « spontanés », c’est-à-dire qu’ils ont été écrits pour eux-mêmes et non sur commande ou dans l’intention d’aider à apprendre à lire. S’ils portent à réfléchir sur un thème, c’est d’abord à travers l’expérience d’une lecture, grâce à l’identification avec un personnage. Nous ne demandons pas de simplifier le vocabulaire d’un texte pour l’adapter aux jeunes lecteur·rice·s, mais nous veillons à ce que le plaisir de lecture puisse se produire même si des mots inconnus surviennent.


Album sans texte, Agathe Halais, Mur murs, livres jeunesse, livres enfants
Double page extraite de Dark Mador, texte d’Isabelle Damotte et illustrations de Malijo (imprimé en noir plus les couleurs Pantone orange et bleu)

Des images comme porte d’entrée vers l’imaginaire

Quant aux images, elles sont présentes à chaque page et entrent en interaction avec le texte : du simple pictogramme à la double page illustrée, la place est laissée à l’interprétation de l’illustrateur ou de l’illustratrice. L’image n’a pas le statut d’une illustration explicative, elle est une porte d’entrée vers un imaginaire, vers un univers graphique. Le parti pris d’imprimer ces livres en 2 couleurs (en plus du noir) donne non seulement une identité forte, mais pousse aussi les illustrateurs et illustratrices à expérimenter de nouvelles voix en images. Comme dans l’album, les images sont une façon de frapper l’imagination des lecteur·rice·s.


Une mise en page inclusive

Enfin, pour tenir compte de la spécificité des lecteur·rice·s qui font leurs premiers pas dans la lecture autonome, nous avons fait le choix d’un papier légèrement teinté et d’une typographie aérée, sans empâtement, choisis pour leur lisibilité. Pour des raisons de confort de lecture et pour soutenir les efforts des lecteur·rice·s hésitant·e·s, nous avons pensé la mise en page pour que la quantité de texte par page ne soit pas trop effrayante et que les espaces entre les lignes et entre les mots soient le plus agréable à l’œil. La collection Ginko ne s’adresse pas spécifiquement aux enfants dyslexiques, mais elle se veut autant que possible inclusive.




Des lecteur·rice·s qui grandissent en compétences

Enfin, nous avons fait le choix de ne pas prendre en compte l’âge de l’enfant mais plutôt son « expertise » de lecture. Celle-ci ne correspond pas seulement à la fluidité de la lecture, à la longueur et à la complexité lexicale des textes mais aussi à la capacité de comprendre avec finesse les histoires. Pour cette raison, nous avons opté pour une indication imagée, de 1 à 3 feuilles de ginko, qui demande d’apprécier sa gourmandise et ses compétences de lecture, sans freiner les plus âgé·e·s ou les plus jeunes.



Le ginko…


C’est un conifère venu d’Asie, aux origines très anciennes. À l’automne, il perd ses feuilles jaune d’or. C’est un arbre fascinant et légendaire. Un arbre aux branches élancées, idéal pour porter les différentes histoires qui s’expriment dans cette collection entre album et roman. Une collection pour continuer à s’enraciner dans la lecture et grandir en tant que personne.